François Hollande : La gauche au pouvoir de l’affaire Dreyfus jusqu’à nos jours

Fév 02, 2026 at 21:14 153

L’ancien président français François Hollande représente la gauche qui veut et qui a gouverné. Depuis un siècle, la gauche de gouvernement a exercé le pouvoir à huit reprises pendant plus de trente ans, accomplissant une œuvre politique, sociale et sociétale considérable, mais qui reste paradoxalement aussi dépréciée que méconnue, selon François Hollande.

Pour y remédier, en 2024, Hollande a publié le livre Le défi de gouverner. La gauche au pouvoir de l’affaire Dreyfus jusqu’à nos jours. Perrin, 2024, 416 pages. Acceptez les cookies – nous recevons une commission, prix identique – et commandez ce livre chez Amazon.fr.

Au début de son livre, François Hollande remarque que “[le] socialisme s’est construit, à la fin du XIXe siècle, dans une perspective révolutionnaire.” Selon lui, la gauche s’est toujours demandée si sa vocation est “à protester, à contester, à empêcher, voire à renverser par une révolution un capitalisme prédateur et inhumain”, ou si, “par les valeurs qu’elle porte et les espoirs qu’elle nourrit, [elle a] le devoir de prendre sa part dans la correction des dégâts d’un ordre qu’elle combat”.

Ce conflit au sein de la gauche existe jusqu’à aujourdhui: le PS de gouvernement contre la France insoumise et révolutionnaire du tribun du peuple Jean-Luc Mélenchon. François Hollande, quant à lui, exprime clairement sa préférence pour la social-démocratie, le compromis, la négociation, la culture réformiste.

Au sujet de François Mitterrand, François Hollande oublie de mentionner que l’ancien pétainiste fit la première fois déposer une gerbe pour Pétain en 1984, le “jour où il prit la main du chancelier Kohl à Verdun. Il renouvela son geste en juin 1986, pour le soixante-dixième anniversaire de la bataille de Verdun, puis le répéta tous les ans, le 11 novembre, à partir de 1987.”

François Hollande ne mentionne non plus que, dans la nuit du 15 au 16 octobre 1959, Mitterrand est la victime consentante d’un faux attentat, qui vise à le hisser au rang de chef de file de la lutte anti‑fasciste. Le pseudo‑attentat de l’Observatoire se retourne bien vite contre lui. Il apparaît clairement que l’attentat est factice et qu’il a été commis par des comparses. Or ces derniers proviennent tous de l’entourage politique de Jean‑Marie Le Pen.

Selon le patron de la DGSE sous Mitterand, Pierre Lacoste, le président a donné l’autorisation explicite de saboter le navire amiral de l’organisation écologiste Greenpeace, le Rainbow Warrior, par les services secrets français le 10 juillet 1985.

Par contre, François Hollande se prononce sur la Loi de nationalisation du 11 février 1982 sous Mitterand. Il note que “l’argument financier pouvait à lui seul justifier les nationalisations de cinq groupes industriels (Thomson, Saint‑Gobain, Rhône‑Poulenc, Pechiney, Compagnie générale d’électricité) et de 36 banques de dépôt ainsi que de Paribas et de Suez. Ces sociétés souffraient, pour la plupart, d’une sous‑capitalisation, étaient peu profitables, et plusieurs n’étaient pas bien dirigées.”

Selon François Hollande, “[l]’erreur est d’avoir créé l’illusion que, si l’État prenait la propriété de ces entreprises, leurs règles seraient mécaniquement changées au bénéfice des salariés et de l’emploi. Beaucoup espéraient aussi qu’avec la fin des grands monopoles et le contrôle de la finance le capitalisme perdrait une large part de son influence sur l’économie et que d’autres critères que le profit pourraient prévaloir. En réalité, les entreprises, même publiques, sont soumises à la concurrence et ne peuvent s’extraire du monde.” Un peu de réalisme à la fin de son commentaire.

François Hollande affirme que les nationalisations étaient un succès: “Des dirigeants sérieux sont placés à la tête de ces groupes et de ces établissements, et le capitalisme français, loin d’être bouleversé par cette large extension du secteur public, en sort redressé. L’État se révèle un bien meilleur actionnaire que les propriétaires précédents, et les marges retrouvées par ces entreprises sont essentiellement consacrées aux investissements. Et quand ces sociétés se verront, à partir de 1986, privatisées, la nation en tirera de confortables plus‑values, malgré des prix d’acquisition fixés plutôt bas.”

François Hollande nuance ce bilan en ajoutant: “La gauche n’a néanmoins pas réussi à convaincre les Français qu’en nationalisant elle avait «changé la vie» des salariés, embauché davantage et généré un bien‑être supplémentaire, mais elle a, sans l’avoir revendiqué, assuré l’avenir des entreprises concernées.” Dans l’ensemble, le bilan reste néanmoins très optimiste.

François Hollande qualifie de “deux mesures emblématique” – sous le Premier ministre Lionel Jospin – “le programme «700 000 emplois‑jeunes» et, surtout, la réduction du temps de travail – sans perte de salaire! – par le passage de la durée légale de 39 heures à 35 heures avant la fin de la législature. Ces dispositifs se voient complétés par une fiscalité favorable à l’investissement et par une politique active de capital‑risque. S’esquissait déjà la politique de l’offre que j’aurai quinze ans plus tard à poursuivre.”

Au sujet des 35 heures et aux politiques de Lionel Jospin, notre auteur souligne que le premier ministre du PS est parvenu à faire baisser significativement le taux de chômage de 12,7% en 1997 à 9,1% en 2002.

Quant au bilan de la présidence de François Hollande, il est moins glorieux, même s’il essaie de nous convaincre du contraire. Le président ne pouvaient pas se présenter pour un deuxième mandat, tellement il était discrédité.

Ce ne sont là que quelques extraits d’un livre qui expose le point de vue de Hollande sur l’histoire de la gauche au gouvernement. Les chapitres traitent de la longue marche vers le pouvoir, les cartels de 1924, le Front populaire de 1936, la gauche au lendemain de la Libération, le moment Pierre Mendès France, vers le Front républicain ou la «tragédie Guy Mollet», la grande alternance avec Mitterrand en 1981, son second septennat, Lionel Jospin en 1997, et, à la fin, un chapitre est consacré à la présidence de François Hollande.

Celui-ci ne redeviendra très probablement pas président, mais les membres du PS désireux de gouverner pourraient faire pencher la balance en 2027, même si pour l’instant, tout semble indiquer que le RN pourrait remportera la présidence et former un gouvernement (de coalition) en 2027.

François Hollande: Le défi de gouverner. La gauche au pouvoir de l’affaire Dreyfus jusqu’à nos jours. Perrin, 2024, 416 pages. Acceptez les cookies – nous recevons une commission, prix identique – et commandez ce livre chez Amazon.fr.

Pour faciliter la lecture, les citations et citations partielles tirées du livre de François Hollande Le défi de gouverner. La gauche au pouvoir de l’affaire Dreyfus jusqu’à nos jours ne se trouvent pas entre guillemets.

Critique de livre ajouté le 2 février 2026 à 21h14, Paris.